CARPE DIEM !

argaiv1942

Un article de Jean Casault

Photo Jean Casault 2002

 

La souffrance n’existe que pour attirer notre attention sur l’essentiel. Une des membres de la célèbre famille de Céline Dion disait l’autre jour que leur sœur avait changé leur destin. Pas du tout. Ils vivent leur propre destin et vous le vôtre. Si vous cherchez par contre à lutter contre votre destin alors vous luttez contre l’essentiel et c’est alors que la souffrance survient. Pour attirer votre attention sur l’essentiel.

Horace ce grand poète romain, épicurien, stoïcien et l’auteur de vers admirables et magnifiques savait ces choses. Dans ses Odes à Leuconoé il dit : "Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, soit sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit.
Cueille le jour, sans te soucier de demain. (Carpe diem quam minimum credula postero)."

Quand la vie s’étend sur les terres comme un long fleuve tranquille, qu’il gonfle ou s’en retire, qu’il sème la vie et l’espoir et que tout va naturellement bien, paisiblement comme un simple souffle dans les arbres, une brise fraîche, ou un langoureux couchant derrière les montagnes ondulées, pourquoi chercher plus loin , plus haut, pourquoi vouloir que tout soit plus rapide quand le fatum cueille le jour sans se soucier de demain.

Ces pauvres gens qui cherchent à s’exténuer en épuisant leur corps par tant de moyens parfois extrêmes jusqu’à presque en mourir, tant ils sont mal dans leur peau, qui s’abreuvent jusqu’à se noyer, qui s’empoisonnent pour tout oublier et vivre une fantaisie se pourrissent lentement. Ils n’ont pas compris que ce grand cri de l’âme qu’ils poussent comme des damnées et qu’ils cherchent à faire taire par des emplâtres de matière, ne sont que l’oubli manifesté du simple fait qu’ils ont nargué cette certitude intérieure d’être plus qu’un humain , mais un Esprit Immortel.

Ils l’ont oublié, refusent d’y croire et cet Infini qu’ils ont à fleur de peau ils l’ignorent, s'en détournent. Nicolas de Cues avait bien raison de dire que nous sommes des Infinis contractés. Et tranquillement ces pauvres gens se laissent enliser dans leur propre boue noirâtre alors que devant eux, passe un long fleuve tranquille, simplement intéressé à vivre lentement cette existence qu’est la sienne, en cueillant le jour. Horace avait bien raison. De cela je me souviens. Oh mais alors là très bien, cela m'est revenu ! Carpe diem !
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